Par Pirassanth Thanapathy

 

 

L'empreinte énergétique croissante des centres de données

La consommation mondiale d'électricité attribuée aux centres de données devrait s'intensifier, avec une croissance annuelle passant de 12 % en 2024 à 17 % en 2025, dépassant les projections antérieures pour cette année-là. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la consommation d'électricité des centres de données à l'échelle mondiale devrait doubler d'ici 2030.

Ces chiffres sont des projections ; toutefois, compte tenu de la rapidité de l'adoption de l'IA, les résultats réels pourraient varier considérablement d'ici quelques années.

En 2024, les centres de données ont consommé environ 415 térawattheures (TWh) d’électricité. À titre de comparaison, la consommation totale d’électricité du Canada en 2025 s’élevait à environ 618 TWh (Rapport de l’AIE sur la consommation d’énergie des centres de données).

Pour mettre cela en perspective, les centres de données à eux seuls ont consommé une quantité d'énergie comparable à environ les deux tiers de la consommation totale d'électricité du Canada. Les charges de travail liées à l'IA sont désormais le principal moteur de l'augmentation rapide de la consommation d'énergie des centres de données.

 

Le paysage énergétique de l'IA au Canada

En réponse à la demande énergétique croissante liée à l'IA, le gouvernement du Canada a engagé 10 millions de dollars en investissements fédéraux dans des projets exploitant les technologies d'IA pour des solutions énergétiques innovantes et une réduction des coûts énergétiques.

Cela peut sembler contre-intuitif, mais on ne peut que se demander si les économies que ces projets permettront de réaliser seront supérieures aux répercussions négatives sur le plan énergétique associées à l’utilisation de l’IA.

Le paysage canadien de l'IA évolue rapidement. Sur plus de 230 centres de données que compte le pays, l'Ontario en abrite plus de 100, et les centres de données devraient représenter 13 % de la nouvelle demande en électricité de la province d'ici 2035 (Rapport sur les centres de données de l'Ontario).

Au Québec, la consommation d’électricité des centres de données est principalement tirée par les applications d’IA et devrait augmenter de 600 % d’ici 2035. Hydro-Québec réagit en proposant de nouveaux tarifs pour les installations consommant plus de 5 MW par an (Politique énergétique des centres de données du Québec).

L'Alberta s'impose comme un acteur majeur dans l'exploitation des centres de données d'IA, avec un afflux remarquable de projets d'IA proposés totalisant environ 21 000 MW prélevés sur le réseau. Ce chiffre représente près du double de la demande électrique de pointe de la province (Alberta AI Data Center Report).

Le principal défi auquel le Canada est confronté n’est pas un manque d’investissement dans l’IA, mais plutôt les limites du réseau électrique existant, qui peine à supporter des charges importantes et concentrées. Cela souligne le besoin urgent de rechercher et de mettre en œuvre collectivement des solutions écoénergétiques.

 

Pratiques durables en matière d'IA

Il faut bien l'admettre, l'IA n'est pas près de disparaître. Mais c'est peut-être justement pour cela que nous devrions prendre le temps de réfléchir à l'impact de nos choix quotidiens, notamment en matière d'énergie.

Nous devrions peut-être envisager d'adopter des pratiques durables de l'IA qui contribuent à réduire au minimum l'énergie nécessaire à chaque interaction avec l'IA tout en fournissant les mêmes résultats.

Par exemple, fournir des invites directes et précises permet de réduire au minimum les communications redondantes. Évitez les formules de politesse supplémentaires telles que « s'il vous plaît » et « merci » dans une même invite. De même, regrouper plusieurs requêtes mineures en une seule invite bien pensée peut réduire considérablement l'utilisation redondante de l'IA.

Pour mettre cela en perspective, une seule requête textuelle d'IA consomme généralement environ 0,3 wattheure (Wh) d'électricité, ce qui en fait l'une des opérations d'IA les moins gourmandes en énergie. En revanche, la génération d'une image avec l'IA nécessite entre 5 et 20 Wh, soit à peu près l'équivalent d'une recharge complète de votre téléphone intelligent.

Consommation Wh

Selon certaines sources, ChatGPT traite à lui seul plus de 2 milliards de requêtes chaque jour, un chiffre qui se rapproche de l’ampleur des 8 à 16 milliards de recherches quotidiennes de Google. L’empreinte énergétique collective de ces milliards de requêtes nous rappelle que même de petites améliorations dans nos habitudes d’utilisation de l’IA peuvent se traduire par des économies d’énergie importantes à l’échelle mondiale.

 

 

Une réflexion à retenir

La prochaine fois que vous demanderez à une IA comme ChatGPT ou Microsoft Copilot d'effectuer une tâche, pensez non seulement à la commodité de cette solution, mais aussi à son impact sur l'une de nos ressources les plus précieuses.

Il ne s'agit pas de vous dissuader d'utiliser l'IA, mais plutôt de souligner l'importance d'améliorer l'efficacité énergétique et d'opter pour des pratiques durables. Nous devrions toujours chercher des moyens d'optimiser les systèmes, d'en faire plus avec moins et de trouver de nouveaux gains d'efficacité, même lorsque les méthodes actuelles semblent efficaces.

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